Fantômes d'hiver, roman
EAN13
9782709634588
ISBN
978-2-7096-3458-8
Éditeur
Lattès
Date de publication
Collection
ROMANS HISTORIQ
Nombre de pages
264
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
346 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
850
Fiches UNIMARC
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Fantômes d'hiver

roman

De

Illustrations de

Traduit par

Lattès

Romans Historiq

Indisponible
TOULOUSE?>Avril 1933004?>?>La rue des Pénitents-Gris?>Il marchait pas à pas, comme un homme revenu depuis peu au monde et à lui-même. Avec précaution, et délectation.Il était grand, rasé de frais, peut-être un peu trop mince. Dans son costume de Savile Row en fine laine à chevrons, coupé large aux épaules, étroit à la taille, avec ses gants fauve assortis à son feutre mou, il avait l'allure d'un Anglais sûr de son bon droit d'évoluer là, dans cette rue, par ce délicieux après-midi printanier.Mais les apparences étaient trompeuses.Car sa démarche était un peu trop prudente, un peu trop hésitante, comme s'il ne parvenait pas à croire tout à fait en la stabilité du sol sous ses pieds. Et puis il ne cessait de jeter des coups d'œil furtifs à droite, à gauche, comme si aucun détail, même infime, ne devait lui échapper.Toulouse passait pour l'une des plus belles villes du sud de la France. Et Freddie était sensible à cette beauté, à l'élégance de ses édifices du xixe siècle, au passé médiéval qui dormait sous ses pavés et colonnades, aux clochers et aux cloîtres de Saint-Étienne, au large fleuve qui divisait la cité en deux. La Ville rose... c'était à ses façades de brique rose dont la couleur chantait sous le soleil d'avril que Toulouse devait son surnom. Elle avait peu changé depuis sa dernière visite, à la toute fin des années 1920. À l'époque, Freddie était un homme en loques, dévoré par le chagrin.Les choses avaient évolué depuis.Freddie avait à la main un morceau de nappe en papier. Le patron du restaurant de Bivent où il avait déjeuné d'un filet mignon et d'un bordeaux capiteux y avait griffonné des indications. Dans sa poche de poitrine gauche se trouvait une lettre tavelée par les siècles et sentant la poussière. C'était elle, et l'occasion qu'il avait eue, enfin, d'y revenir, qui le ramenait à Toulouse aujourd'hui. Les montagnes où il avait par hasard trouvé cette missive signifiaient beaucoup pour lui et, bien qu'il ne l'ait jamais vraiment lue, la lettre lui était infiniment précieuse.Freddie traversa la place du Capitole en se dirigeant vers la cathédrale Saint-Sernin par un réseau de ruelles et d'étroits passages remplis de bars à vins, de caf'-conc', de caveaux où l'on jouait du jazz et déclamait de la poésie, de restaurants sans lumière. Des promeneurs déambulaient dans la tiédeur de l'après-midi, couples d'amoureux, familles nombreuses, bandes de copains. Après ce quartier de placettes et de venelles, il déboucha dans la rue du Taur et la longea pour arriver enfin au coin de la rue qu'il cherchait. Là, Freddie hésita un instant, comme y réfléchissant à deux fois, puis il continua, d'un pas décidé cette fois, traînant son ombre derrière lui.À la moitié de la rue des Pénitents-Gris se trouvait une librairie de livres anciens. Sa destination. Il s'arrêta pile pour lire le nom du propriétaire peint en lettrages noirs au-dessus de la porte. Fugitivement, sa silhouette s'imprima sur l'édifice. Puis il changea de position et la vitrine fut de nouveau baignée d'une lumière dorée qui fit étinceler la grille métallique.Freddie contempla un moment les livres exposés, d'antiques volumes rehaussés à la feuille d'or, des reliures en cuir noires et rouges dont les dos portaient des noms illustres, Montaigne, Anatole France, Maupassant. Et puis ceux d'auteurs moins connus, Antonin Gadal, Félix Garrigou, ainsi que des recueils fantastiques d'Algernon Blackwood, Henry James, Sheridan le Fanu.Maintenant ou jamais, se dit-il.La vieille poignée était dure, et la porte un peu voilée racla la dalle de pierre sous sa poussée. Une clochette tinta quelque part au fond de la boutique. Le sol tapissé d'une épaisse natte de jonc crissa sous les semelles de ses chaussures quand il entra.— Il y a quelqu'un ? lança-t-il dans un français un peu rouillé.Le contraste entre la clarté du dehors et le patchwork d'ombres à l'intérieur le fit cligner des yeux. Mais il régnait dans la boutique une agréable odeur de cire, de colle et de papier. Des particules de poussières dansaient dans les rais de lumière filtrante. Il était sûr à présent d'être au bon endroit, et il sentit quelque chose se dénouer en lui. Le soulagement d'avoir réussi à venir jusqu'ici et, du moins l'espérait-il, d'être arrivé à bon port.Freddie ôta son chapeau, ses gants, et les posa sur un long comptoir en bois. Puis il plongea la main dans la poche de sa veste et en sortit l'enveloppe cartonnée.— Monsieur Saurat ? appela-t-il une deuxième fois.Il entendit un bruit de pas, puis la petite porte au fond de la boutique grinça en tournant sur ses gonds, et un homme s'avança. Une montagne de chair, telle fut sa première impression en le voyant, avec des plis de graisse au cou et aux poignets, un visage lisse sans rides aucune sous une tignasse blanche. Rien à voir avec l'érudit en littérature médiévale que Freddie imaginait.— Monsieur Saurat ?L'homme acquiesça d'un hochement de tête, sans manifester le moindre intérêt, au contraire. Plutôt une sorte de lassitude blasée envers un visiteur de passage.— J'ai besoin d'aide pour une traduction, déclara Freddie en posant l'enveloppe sur le comptoir. On m'a dit que vous pourriez être l'homme qu'il me faut.005Sans quitter Saurat des yeux, Freddie sortit précautionneusement la lettre de son enveloppe. C'était une feuille épaisse d'un beige écru sali et d'une matière qui n'était pas du papier, couverte d'une écriture tarabiscotée.Freddie vit le regard de Saurat se poser négligemment sur la feuille, puis s'aiguiser sous l'effet de la stupéfaction, voire de l'avidité.— Puis-je ?— Je vous en prie.Sortant une paire de bésicles de sa poche de poitrine, Saurat se les coinça sur le bout du nez. De dessous le comptoir, il tira une paire de gants en lin fin qu'il enfila. Tenant précautionneusement la lettre par un coin entre l'index et le pouce, il l'orienta vers la lumière.— Un parchemin. Sans doute de la fin du Moyen Âge.— En effet.— Écrit en occitan, l'ancien parler de cette région.— Oui, confirma Freddie, car tout cela, il le savait déjà.Saurat lui jeta un regard peu amène, puis il revint à la lettre. Après avoir inspiré profondément, il commença à lire les premières lignes, d'une voix étonnamment claire :— « Os, ombres et poussière. C'est la fin. Les autres ont disparu, happés par les ténèbres. Il ne reste que moi. Pour m'entourer en mes derniers instants, seul subsiste le souvenir de ceux que j'ai aimés. Il vibre tel un écho dans l'air immobile. Solitude, silence. Peyre sant. »Saurat s'interrompit et considéra, cette fois avec un intérêt non dissimulé, l'Anglais réservé qui se tenait devant lui. Il n'avait pas l'apparence d'un collectionneur, mais qui sait ?Il s'éclaircit la gorge.— Puis-je savoir d'où vous tenez ce document, monsieur... ?— Watson, dit Freddie et, sortant une carte de sa poche, il la fit claquer en la posant sur le comptoir, entre eux. Frederick Watson.— Vous êtes conscient que ce document a une certaine valeur, du point de vue historique ?— Pour moi, sa valeur est purement personnelle. Ainsi que sa signification.— Il n'empêche... Se trouve-t-il dans votre famille depuis longtemps ?Freddie marqua une hésitation.— Y a-t-il un endroit où nous pourrions parler à notre aise ?— Bien sûr.Saurat lui indiqua d'un geste une alcôve située dans l'arrière-boutique, où une petite table de bridge était entourée de quatre fauteuils en cuir.— Je vous en prie.Freddie reprit la lettre et s'assit, tout en observant Saurat. Le libraire plongea de nouveau derrière le comptoir, pour en sortir cette fois deux gros verres sans pied et une bouteille d'eau-de-vie d'un jaune doré velouté. En le voyant évoluer, Freddie songea qu'il possédait une grâce et une délicatesse étonnantes, pour un homme si corpulent. Saurat les servit généreusement, puis il s'installa dans le fauteuil face à lui. Le cuir gémit sous son poids.— Alors, vous pourriez me le traduire ?— Bien sûr. Mais je suis curieux de savoir comment vous êtes venu en possession d'un tel document.— C'est une longue histoire.— J'ai tout mon temps, répliqua Saurat avec un haussement d'épaules.Se penchant en avant, Freddie posa ses doigts en éventail sur le tapis de feutre vert et y dessina lentement des motifs invisib...
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